-
Client : Programme Alimentaire Mondial (PAM) / Agence belge de Développement (Enabel)
-
Période d’exécution : Septembre 2021 – Décembre 2023
-
Zone d’intervention : Territoires de Kabinda, Gandajika et Mbuji-Mayi, RDC
Contexte & Défi
Le Programme d’Appui à la Sécurité Alimentaire (PASA) visait à renforcer la résilience des populations vulnérables dans la région du Grand Kasaï, une zone fortement touchée par l’insécurité alimentaire chronique et les conflits communautaires. D’une durée initiale de 3 ans, le programme combinait des distributions alimentaires d’urgence, des activités de relèvement agricole (distribution de semences et d’outils), et des actions de renforcement des capacités des coopératives locales.
Cependant, deux ans après le lancement du programme, les bailleurs (Enabel et le PAM) ont constaté plusieurs lacunes critiques :
-
Absence de données fiables : Les rapports d’activités étaient incohérents, les indicateurs de performance n’étaient pas mesurés correctement, et il était impossible de savoir si le programme atteignait réellement ses objectifs.
-
Faible appropriation locale : Les partenaires locaux de mise en œuvre (ONG nationales et coopératives) maîtrisaient mal les outils de suivi et les procédures de reporting exigées par les bailleurs.
-
Doublons et inefficacités : Plusieurs ménages étaient assistés plusieurs fois par différents partenaires, tandis que d’autres, tout aussi vulnérables, étaient oubliés (problème de ciblage).
Le PAM et Enabel ont fait appel à REDD pour repenser entièrement le système de suivi-évaluation du programme et former les acteurs locaux afin de garantir la redevabilité et l’efficacité des actions pour la dernière année du projet.
Notre action : Digitalisation, Renforcement des Capacités et Harmonisation
Face à ce défi, REDD a déployé une équipe résidente de 4 experts (un chef de projet S&E, un spécialiste en bases de données, un agro-économiste et un formateur) pendant 15 mois. Notre intervention s’est articulée autour de quatre axes complémentaires :
-
Diagnostic et Audit du système existant (Phase 1 – 2 mois) :
-
Nous avons réalisé un audit complet des pratiques des 8 ONG partenaires et des 25 coopératives agricoles impliquées.
-
Nous avons cartographié les flux d’informations existants (souvent basés sur du papier et des appels téléphoniques informels) et identifié les principaux goulots d’étranglement.
-
Résultat : Un rapport d’audit détaillé avec une feuille de route pour la réforme du S&E, validé par les deux bailleurs.
-
-
Développement et déploiement d’une plateforme digitale de S&E (Phase 2 – 4 mois) :
-
Plutôt que d’imposer un outil complexe, nous avons développé une application mobile simple et intuitive (basée sur KoboCollect, adaptée aux spécificités du PASA).
-
L’application permettait aux agents de terrain d’enregistrer en temps réel :
-
Les distributions (nature, quantité, bénéficiaires).
-
Les visites de suivi des parcelles agricoles.
-
Les alertes (ruptures de semences, maladies des cultures, tensions communautaires).
-
-
Nous avons installé des serveurs locaux à Mbuji-Mayi pour garantir la sécurité des données et installé des points de synchronisation dans les bureaux de zone, même sans connexion internet permanente.
-
-
Renforcement intensif des capacités (Phase 3 – 6 mois) :
-
Formation des formateurs : Nous avons formé 15 “points focaux S&E” issus des ONG partenaires.
-
Ateliers pratiques : 200 agents de terrain et membres de coopératives ont été formés à l’utilisation des tablettes, à la collecte de données de qualité et à l’interprétation des indicateurs de base (score de diversité alimentaire, échelle HEA, etc.).
-
Accompagnement terrain : Nos experts ont effectué des “supervisions formatrices” aux côtés des agents pendant leurs visites dans les villages pour corriger les erreurs en temps réel.
-
-
Mise en place d’un tableau de bord de pilotage (Phase 4 – 3 mois) :
-
Nous avons consolidé toutes les données dans un tableau de bord dynamique (sur Power BI) accessible à la coordination du programme à Kinshasa et aux bailleurs.
-
Ce tableau de bord permettait de visualiser instantanément :
-
La couverture géographique des activités.
-
Les progrès vers les cibles (nombre de ménages atteints, hectares emblavés).
-
Les indicateurs de performance clés (KPIs) par partenaire.
-
-
Résultats & Impact
Grâce à l’intervention de REDD, le PASA a pu être sauvé et ses derniers 18 mois d’exécution ont été transformés :
-
Amélioration spectaculaire de la qualité des données : Le taux de complétude des rapports mensuels est passé de 45 % à 95 % en seulement 6 mois. Les incohérences et les doublons ont été réduits de 80 %.
-
Ciblage plus précis : Grâce à la cartographie des bénéficiaires, le programme a pu réaffecter ses ressources vers 3 000 ménages réellement vulnérables qui avaient été oubliés lors des phases précédentes.
-
Autonomisation des acteurs locaux : À la fin du projet, 70 % des points focaux S&E formés étaient capables de gérer le système de manière autonome et de former à leur tour de nouveaux collègues. Un guide méthodologique simplifié a été rédigé par REDD et remis à chaque partenaire.
-
Économies financières : La réduction des doublons et une meilleure gestion des stocks (suivi en temps réel des semences) ont permis de réaliser environ 15 % d’économies sur le budget de la dernière année, réinvesties dans des activités complémentaires.
Impact durable :
Le système de S&E mis en place par REDD a été tellement apprécié par le ministère provincial de l’Agriculture du Kasaï Oriental qu’il a demandé à l’adapter pour suivre l’ensemble de ses programmes agricoles provinciaux. Ce travail a jeté les bases d’un système de suivi agricole à l’échelle provinciale, toujours utilisé aujourd’hui.
